Castelnaudary, foyer de généraux d’Empire

Les cérémonies organisées à travers la France et au-delà, le 5 mai dernier, pour la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon, offrent l’occasion de rappeler les brillantes carrières de ses proches collaborateurs. Castelnaudary, qui, au cours des siècles, a donné 15 généraux à la France, ne saurait être oubliée en la circonstance ; parmi ces 15 officiers, il en est 6 qui ont servi fidèlement et bravement Napoléon.

Le général de division Antoine- François Andréossy (1761 – 1828)

Né le 6 mars 1761 à Castelnaudary, issu d’une lignée noble italienne de Toscane (les Andréossi) élève de l’École Royale militaire de Sorèze, il sortit premier de l’École d’artillerie de Metz. Capitaine en 1788, général de brigade en 1797, il participa à l’expédition d’Égypte, fut chef d’État-Major de Bonaparte, inspecteur général de l’artillerie, Comte de l’Empire en 1809, ambassadeur à Vienne puis à Constantinople, et Historien du Canal du Midi dont son arrière grand-père avait été le géomètre. Membre de l’Académie des sciences, il était grand officier de la Légion d’Honneur.

Mis à la retraite, il entama en 1827 une carrière politique en se faisant élire Député libéral de Castelnaudary ; la mort le prit à Montauban le 10 septembre 1828, alors que, de retour de Paris, il rejoignait sa maison à Castelnaudary ; la municipalité de 1830 céda gratuitement à sa veuve les 9m2 nécessaires à la construction d’un magnifique mausolée en marbre blanc, œuvre de Jean Layerle, au cimetière de l’est de la ville « attendu que le défunt a servi son pays avec la plus haute distinction et s’est acquis des droits à la reconnaissance publique ». Le nom du Général Andréossy est inscrit sur le pilier sud de l’Arc de triomphe de l’Étoile à Paris.

Ses soldats l’estimaient tellement qu’ils lui avaient composé un chant, sur l’air de la Marseillaise, dont le 1er couplet était :

« Allons amis de la patrie
Livrons nous aux plus doux transports !
À l’un des héros d’Italie
Consacrons nos faibles accords (bis)
Qu’il reçoive en ce jour l’hommage
Que vient partager notre cœur
Entre ses talents, sa valeur
Sa modestie et son courage.
Confondons à l’envi nos cœurs avec nos voix
Chantons, chantons,
Et ses vertus et ses brillants exploits. »

À l’initiative des Amis de Castelnaudary et du Souvenir Français, son mausolée fait l’objet, cet automne 2021, d’une rénovation complète ; les marbres seront traités par Michel Ratabouil, meilleur ouvrier de France. La clôture du monument par le Souvenir Français.

Blason : D’or au chêne à quatre branches d’azur, surmonté d’une étoile de gueules au franc-quartier des comtes militaires

Le général de brigade Louis- Joseph Cazals (1774 – 1813)

Né le 6 janvier 1774 à Castelnaudary, fils du Directeur du canal des deux mers à Naurouze, il fit ses études à l’Ecole de Sorèze puis à l’Ecole du génie de Châlons. Officier du génie, il eut des promotions rapides : lieutenant en 1794, il prit part à la conquête de la Hollande par Pichegru ; chef de bataillon en 1797, il participa à l’expédition d’Egypte, à la prise de Malte et d’Alexandrie ; il commanda le corps du génie de Ney à la grande armée ; général en 1805, affecté aux campagnes d’Espagne, il fut blessé à Valence en 1808. La même année, il fut fait Baron d’Empire ; commandant du génie du corps d’observation d’Italie en avril 1811, il décéda à Charenton le 29 septembre 1813.

Blason : Coupé, au 1er parti, à dextre, d’or à un casque et une cuirasse de sable, orlée d’argent, brochant sur quatre drapeaux aussi de sable, posés en sautoir et surmontés d’un croissant montant d’azur accosté de deux étoiles de gueules; et à senestre des barons militaires; au 2ème d’argent à un flamant au naturel passant sur une terrasse de sinople, adextré d’un papyrus et senestré d’un lotus aussi au naturel.

Le général de division Jean- François-Aimé Déjean (1748 -1824)

Fils de Jean-Pierre Déjean, Maire perpétuel de Castelnaudary et premier Président au siège Présidial de Castelnaudary, il naquit à Castelnaudary le 6 Octobre 1749. Élève à l’Ecole Royale militaire de Sorèze, il entra à l’Ecole du génie de Mézières dont il sortit Ingénieur et embrassa une carrière militaire.

Capitaine en 1778, chef de bataillon à l’armée du nord en 1793, général de brigade en 1794, de division en 1795, directeur de l’administration de la guerre en 1802, Comte de l’Empire en 1808, Inspecteur Général du génie, il fut d’une fidélité sans faille à l’Empereur et Louis XVIII ne lui en tint pas rigueur en le nommant Gouverneur de Polytechnique à la Restauration. Il était grand Officier de la Légion d’Honneur. La 25ème promotion (2001-2002) des élèves Officiers de l’EMCTA (Ecole Militaire du Corps Technique et Administratif) de St Cyr-Coëtquidam, l’a choisi pour parrain. Cette promotion est venue à Castelnaudary, en janvier 2002, offrir une plaque commémorative apposée sur la façade de Hôtel particulier des Déjean, 23 place de Verdun, maison natale du Général.

Blason : d’argent au griffon essorant de sable, au comble d’azur chargé à senestre de deux étoiles et d’un croissant le tout d’or ; au franc-quartier des comtes-sénateurs.

Le général de brigade Etienne Estève (1771 – 1844)

Enfant cadet d’un humble tailleur d’habits, il naquit à Castelnaudary le 11 octobre 1771. Engagé volontaire en 1792 au 1er bataillon de volontaires de l’Aude, il devint très vite officier : capitaine le 1er pluviose an 8, lieutenant- colonel en 1808, à 37 ans, il fut fait Baron par Napoléon en 1810. Général de brigade en juillet 1813, il fit la campagne de Saxe ; la Restauration arrêta un temps sa carrière ; rappelé à l’activité, Louis-Philippe lui confia le commandement de la Corse en 1830 puis des Hautes Alpes et enfin de l’Ariège ; il était Commandeur de la Légion d’Honneur lors de son décès en 1844, à Villepinte (Aude) où il est enterré. Le Souvenir Français a fait restaurer sa tombe le 28 avril 2016 et les Amis de Castelnaudary ont fourni le portrait qui l’orne maintenant.

Blason : Tiercé en fasce ; d’or à l’arbre arraché de sinople ; de gueules et d’azur à la guivre en pal d’argent ; au franc quartier des barons militaires.

Le général de brigade Jacques-Antoine Falcou (1771-1813)

Aîné d’une famille de 10 enfants dont 3 moururent en bas-âge, il naquit à Castelnaudary le 7 juin 1771. D’abord employé de bureau au District de Castelnaudary, il s’engagea le 1er juin 1792 comme volontaire au 1er bataillon de l’Aude avec lequel il fit campagne à l’armée des Alpes. Lieutenant au 9ème bataillon de l’Isère puis capitaine à la 12ème demi-brigade légère, il devint adjoint à l’Etat-Major de l’armée d’Italie et aide de camp du général Davout avec qui il fit les campagnes d’Allemagne, de Prusse et de Pologne ; il se distingua à Austerlitz où il fut promu Officier de la Légion d’Honneur. Chef d’escadron le 10 avril 1806, il participa à la bataille d’Iéna où il eut 3 chevaux tués sous lui en portant les dépêches à l’Empereur ; fait Baron le 14 février 1810, il devint Colonel du 146ème de ligne le 16 janvier 1813. Les circonstances de sa mort et de sa nomination comme Maréchal de camp (soit général de brigade) rapportées par son biographe Antoine Metgé ont varié selon les sources ; il fut d’abord porté disparu devant Lowenberg (Silésie) le 29 août 1813 selon les uns, noyé dans les eaux de la Bober selon les autres ; son décès a pu être établi de façon précise par le Commandant Guibert-Lassalle, chef du service historique de la Légion Etrangère qui a retrouvé l’historique manuscrit du 146ème de ligne et son journal de marche : Jacques-Antoine Falcou fut tué au milieu de ses soldats, le 19 août 1813, près du village de Plagwitz, alors qu’il commandait la 1ère brigade de la 17ème division du 5ème corps d’armée ; il était général de brigade depuis le 25 août à peine ! Voila pourquoi il ne figure pas dans le dictionnaire de Georges Six (les généraux de Napoléon) mais dans celui de Danielle et Bernard Quentin (les Colonels de Napoléon). Il faut aussi, comme me l’a indiqué le Professeur Jean Tulard, éminent spécialiste de l’Empire, tenir compte du désordre qui régnait dans les archives militaires en 1813.

Estève et Falcou : deux carrières d’une grande similitude au service de la France et de l’Empereur. Même âge, même naissance dans un milieu modeste, même volonté de servir, même ascension des grades militaires, même nomination nobiliaire, même vie privée : ils moururent célibataires et seule la mort les différencia : Estève vint jouir en Lauragais d’une paisible retraite tandis que Falcou mourut en héros ; les recherches diplomatiques menées pour retrouver sa sépulture n’ont pas abouti.

Ils sont tous deux l’illustration de la phrase de Victor André, duc de Rivoli : « des hommes partis de rien et arrivés au sommet de la hiérarchie militaire par la grâce de leur courage ».

Blason : Coupé le premier parti d’or au cheval galopant de sable et de gueule au signe des barons tiré de l’armée, au deuxième azur au tronc d’arbre terrassé d’or d’où sortent à dextre 2 rejetons du même et à senestre cinq bras armés d’argent tenant chacun une épée haute en pal.

Le général de brigade David-Alexis Tholosé (1736-1802)

Fils d’un avocat, il naquit à Castelnaudary le 20 février 1736, et après de brillantes études secondaires, il fut admis à l’Ecole d’artillerie et du génie de La Fère (Aisne). Ingénieur du génie en janvier 1760, il était capitaine en garnison à Bouchain (Nord) en 1777 ; la révolution le trouva lieutenant-colonel à Douai en 1791 ; il fut nommé Directeur par intérim des fortifications de Lille puis de Valenciennes en 1793. Nommé général de brigade à titre provisoire, il est arrêté le 7 août 1793 puis libéré un an plus tard ; le comité de salut public le confirme alors dans son grade, le nomme Directeur des fortifications à Arras puis Inspecteur Général des fortifications. Napoléon l’envoie en mai 1802 à Saint-Domingue, reconquérir cette île de l’Empire colonial français où une révolte avait éclaté ; arrivé le 8 juillet, il y meurt 4 jours après de la fièvre jaune.

Il eut un fils, Henri-Alexis, né en 1782 à Bouchain, qui au terme d’une belle carrière fut gouverneur de Polytechnique et mourut général de division à Paris en 1853.

Le général David Alexis Tholosé reposerait (?) au cimetière de l’est de Castelnaudary, dans un caveau familial à l’abandon depuis des décennies …. « sic transit gloria mundi ! »

Nota bene

Parmi les 15 généraux que Castelnaudary a donnés à la France, il en est un, Anicet de Marion-Gaja, né le 14 février 1787, qui n’appartient pas à la noblesse d’Empire mais à celle de l’Ancien Régime. Le Comté du Lauragais fut donné à ferme par Catherine de Médicis à Jacques de Marion, Seigneur de Payra. Le Contrôleur de Marion fut tué à Castelnaudary le 18 mars 1562 lors du massacre dit du prêche qui opposa catholiques et protestants ; Jean-Baptiste- Roch- Hilarion de Marion est Seigneur justicier de Gaja en 1776. Plus près de nous, Melchior de Marion Brésilhac, né à Castelnaudary le 2 décembre 1813, fut le fondateur de la Société des Missions Africaines.

Les de Marion étaient donc de vieille famille Lauragaise, de Fanjeaux notamment : on les retrouve dans la thèse de Jean Ramière de Fortanier : « Les droits Seigneuriaux dans la Sénéchaussée et Comté de Lauragais. » et dans le livre de l’Abbé Jean Biau consacré à Mgr de Marion-Brézilhac. Selon les notes que m’a communiquées la Fondation Napoléon, Anicet de Marion commença sa carrière comme gendarme d’ordonnance en 1806 pour participer aux campagnes de Prusse et de Pologne. Il devra son avancement aux protections de son parent, le Général-Comte Déjean d’abord, qui le fera nommer Lieutenant en 1812 ; à l’écroulement de l’Empire, il n’était que Capitaine ; il rejoint alors l’armée du Duc d’Angoulême qui le nomme Chef d’escadron en 1815. Après une invective envers son Lieutenant-Colonel, il sera rétrogradé ; en 1817, il épouse la fille de l’Ambassadeur de Grande Bretagne et intègre le corps Royal d’Etat-Major en 1818. Promu Lieutenant- Colonel en 1819 puis Colonel en 1831, Chef d’Etat-Major des 14ème, 10ème et 17ème Divisions, il est muté en Algérie de 1841 à 1843, nommé Maréchal de Camp (général de brigade) à l’ancienneté en 1844 et mis à la retraite en 1848. Il décédera en Angleterre en 1875. Il était Commandeur de la Légion d’Honneur depuis 1856. On constate donc que sa carrière fut plus Royale qu’Impériale et on le cherchera en vain dans le dictionnaire des généraux de l’Empire de Georges Six.


Sources consultées

  • Essai historique sur la ville de Castelnaudary – Colonel J.B. Connac (1904-1907) ;
  • Direction des Archives de France, Service historique de l’Armée ;
  • Musée de l’Armée. Musée de la Malmaison ;
  • Castelnaudary, ville de garnison (Francis Falcou, 1974, bulletin de la SESA) ;
  • Napoléon et la noblesse d’Empire – Jean Tulard. Librairie Tallandier. 1979 ;
  • Biographies Lauragaises : Jean Carles, Francis Falcou. (Archistra, Toulouse, 1986) ;
  • Les Audois, dictionnaire biographique – Rémy Cazals, Daniel Fabre. 1990 ;
  • Dictionnaire encyclopédique de l’Aude – Gérard Jean. Académie des Arts et Sciences de Carcassonne. 2010 ;
  • Fondation Napoléon (recherches sur le général de Marion- Gaja) 2021 ;
  • Archives privées : Bernard Velay, Francis Falcou, Jacques Prévot,
  • Portrait du Général Louis-Joseph Cazals : Henri de Cazals.
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